Le mal-#logement s’enracine en #France !

Article de Mathias Thépot  publié par « La Tribune » le 31/01/2017

La Fondation Abbé Pierre livre donc une batterie de propositions aux candidats pour sortir de cette situation. (Crédits : Statista*)
La Fondation Abbé Pierre livre donc une batterie de propositions aux candidats pour sortir de cette situation. (Crédits : Statista*)

Le rapport annuel de la fondation Abbé Pierre dresse un constat accablant : 14,6 millions de personnes – au sens large – seraient concernées directement par la crise du logement en France.

Les gouvernements passent et la crise du logement demeure… Alors que le quinquennat Hollande arrive à son terme, il y a, au bas mot, 14,6 millions de personnes qui sont victimes de la crise du logement, constate le rapport 2017 de la fondation Abbé Pierre… C’est la première fois que la fondation dresse un bilan aussi exhaustif des victimes de la crise.

Concrètement, au sein de ces 14,6 millions de personnes, la fondation compte en premier lieu les mal-logés et les non-logés, qui représentent près de 4 millions d’individus. Près de 900.000 d’entre eux sont privés de logement personnel, 143.000 sont sans domicile, 25.000 résident de manière permanente et contrainte dans une chambre d’hôtel, 85.000 dans une habitation de fortune, et 643.000 sont contraints d’habiter chez des tiers.

3,96 millions de mal-logés

En outre, les personnes privées de confort dans leur logement, c’est à dire ne disposant pas ou de WC intérieur, ou de douche, ou d’eau courante, ou de moyen de chauffage etc., ou cumulant ces problèmes, sont aujourd’hui au nombre de 2 millions en France…  En parallèle, le nombre de personnes vivant dans un logement en situation de « surpeuplement accentué » s’élève à près d’un million. Et pour la première fois, la fondation Abbé Pierre a comptabilisé dans son rapport les gens du voyage qui subissent des mauvaises conditions d’habitat, ce qui représente 206.000 personnes en France, ainsi que les résidents de foyers de travailleurs migrants non traités qui sont 39.000. Au total, et en ne comptant qu’une fois les ménages qui sont concernés par plusieurs des problèmes mentionnés ci-dessus, ce sont donc 3,96 millions de personnes qui subissent la crise du mal-logement.

12 millions de personnes en situation de fragilité

Mais ce n’est malheureusement pas tout. Au-delà de ces près de 4 millions de personnes en situation critique, il y a aussi 12 millions de personnes en France qui sont fragilisées dans le rapport à leur logement. Les causes ? Les copropriétés en difficulté (1,1 million de personnes), les locataires en situation d’impayés (1,2 million), les personnes en situation de « surpeuplement modéré » (4,3 millions), les personnes modestes souffrant du froid dans leur logement pour des raisons de précarité énergétique (3,5 millions de personnes), et les personnes modestes en situation d’effort financier excessif (5,7 millions de personnes).

Au total, tous ces ménages (mal-logés et en situation de fragilité) représentent 14,6 millions de personnes. La crise du logement s’enracine en France. C’est un constat accablant, conséquence des échecs des politiques publiques passées et existantes, mais aussi de l’incapacité du secteur privé (qui représente 80 % du parc des résidences principales en France) à satisfaire les besoins en logement de la population.

Désengagement de l’Etat

Dès lors, que faire ? A très court terme, sensibiliser les candidats à l’élection présidentielle de 2017. Surtout que le logement est jusqu’ici abordé dans beaucoup de programmes électoraux de manière très marginale. La fondation Abbé Pierre a donc demandé à rencontrer les candidats à l’élection – sauf Marine Le Pen – ce 31 janvier pour discuter mal-logement, la veille de l’anniversaire des 63 ans de l’appel de l’Abbé Pierre, le 1er février 1954. Reste à savoir si les candidats seront sensibles aux propositions de la fondation. Car les deux grands partis au pouvoir n’ont pu résorber le mal logement depuis le début du siècle.

La fondation a notamment dressé un bilan peu élogieux du quinquennat Hollande. Elle fustige le désengagement de l’Etat du financement direct du logement social et très social, du fait des restrictions budgétaires. « Les politiques de bas loyers ont été très affaiblies au fil de ce quinquennat », regrette Christophe Robert, le délégué général de la fondation Abbé Pierre. Ce qui rend d’autant plus difficile la réinsertion par le logement de dizaines de milliers de personnes en hébergement d’urgence.

Le gouvernement Valls a terni le bilan social du quinquennat

Par ailleurs, priorité a été donnée durant le quinquennat en cours aux logements sociaux intermédiaires et aux logements intermédiaires. Ce qui n’a, dans l’absolu, rien de choquant, surtout dans les zones urbaines où la production de logements intermédiaires répond à un fort besoin. Mais ce que déplore la fondation Abbé Pierre, c’est l’arbitrage budgétaire au profit de ce type de logements, et au détriment des logements très sociaux, pourtant les plus à même de répondre à la situation du mal-logement actuel.

Plus globalement, Christophe Robert regrette le revirement de François Hollande après la nomination de Manuel Valls en tant que Premier ministre. Par exemple, il déplore l’évolution du dispositif Duflot en dispositif Pinel, qui donne la possibilité notamment aux investisseurs particuliers de louer à leurs descendants. Ce qui exclut un peu plus la mobilité sociale dans le parc locatif privé par le biais de ce dispositif d’investissement locatif. Pourtant, l’instauration du dispositif Pinel a sans conteste fait revenir les investisseurs particuliers sur le marché du logement neuf. Dont acte. « Mais avec le Pinel, les fonds des investisseurs particuliers sont moins redirigés vers les ménages qui en ont le plus besoin, comme c’était davantage le cas avec le Duflot », regrette Christophe Robert. Enfin, la fondation Abbé Pierre regrette que sous Manuel Valls, l’encadrement des loyers ait été limité à Paris intramuros, et demande donc son extension à 28 agglomérations françaises.

Du positif en matière de rénovation énergétique

Mais le quinquennat Hollande n’aura toutefois pas été si négatif que cela. Sur les questions du financement du logement social (TVA à taux réduit, exonération de taxe foncière, augmentation du plafond du livret A), de la rénovation énergétique (loi pour la transition énergétique), de la part de logements sociaux obligatoire par commune (loi SRU 2), ou même de l’encadrement des loyers à la relocation (décret du 31 août 2012), la fondation Abbé Pierre dresse un bilan très satisfaisant.

Mais, il faudrait aller plus loin. La Fondation Abbé Pierre livre donc une batterie de propositions aux candidats. Leur but premier : ériger le logement pour tous en priorité absolue, et sans attendre. De façon à sortir de la logique actuelle qui veut donner le temps au marché d’attribuer seul et « naturellement » des logements décents à prix abordables à ceux qui en ont le plus besoin. Désormais, les mal-logés n’ont plus le temps d’attendre.

Une question de priorité

Pour ce faire, une nouvelle politique d’attribution des logements sociaux prioritairement aux mal-logés est nécessaire, selon la fondation Abbé Pierre, qui constate qu’au-delà des 143.000 personnes sans domicile, 160.000 personnes « Dalo », c’est à dire prioritaires pour l’accès à un logement, restent dans l’attente. Surtout, la fondation demande que l’Etat se réengage directement dans sa politique d’aides à la pierre, que ce soit par le biais des bailleurs sociaux ou privés. Cela coûtera cher, certes. Mais, comme le note Christophe Robert : « C’est une question de priorité ! ».

*Graphique réalisé par Statista

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