Sous la menace d’une expulsion à Paris, elle redoute l’arrivée des policiers (Le Parisien – 13/04/2016)

Dépêche AFP – Céline Carrez

Paris XIe, ce mercredi 13 avril. Les expulsions ont repris après la trêve hivernale. Nour redoute l’arrivée de la police tous les jours. (LP/C.C.)
Paris XIe, ce mercredi 13 avril. Les expulsions ont repris après la trêve hivernale. Nour redoute l’arrivée de la police tous les jours. (LP/C.C.)

 

Elle vit avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Depuis 13 jours exactement, fin de la trêve hivernale remontant au 31 mars, Nour*, 37 ans, mère au foyer, 3 enfants « en bas âge », redoute l’arrivée de la police et des huissiers.

Son « cauchemar » a commencé en octobre 2013. « Mon mari — qui avait un restaurant — a mis la clé sous la porte. Il n’avait plus d’argent. On avait trois mois de retard de loyer. Le propriétaire, qui veut récupérer l’appartement, a mis aussitôt la procédure d’expulsion en marche ». Cela fait 10 ans que Nour loue ce 38 m2 à 900 € charges comprises. Les trois enfants partagent une chambre et tous les soirs, les parents déplient le canapé dans le salon. Si la petite impasse où se trouve l’immeuble est charmante, typique des faubourgs du XIe, en revanche, l’appartement est vétuste. En témoignent le compteur électrique moyenâgeux, les sanitaires, la cuisine et les murs alvéolés, tachés et humides. Du plomb a été diagnostiqué dans les peintures… Mais Nour sait aussi que quand l’appartement d’à côté s’est libéré, « le propriétaire a fait des travaux et l’a reloué le double ». Il aura fallu cet « accident de la vie », estime la locataire, que son mari perde son travail, pour que sa vie « bascule et qu’on se retrouve dans la précarité ». Nour, qui a aujourd’hui un impayé de 3 169€, n’a rien dit de cette menace de « se retrouver à la rue, comme des clochards, des parias, des mal aimés », ni à ses enfants, ni à ses voisins, ni à ses amis… « Je me sens coupée socialement. J’ai honte ».

Aujourd’hui, le couple est toujours sans revenu, le mari est au chômage mais est prioritaire DALO (prioritaire dans l’attribution d’un logement social). « Nous avons fait une demande de HLM. Mais on ne m’a rien proposé ! ». Nour s’est même déplacée jusqu’à sa mairie. « On ne m’a même pas reçu ! ». Cette Parisienne qui habite la capitale « depuis toujours » estime que « c’est un droit d’avoir un habitat digne ». Combative, la maman est allée voir l’association du DAL (Droit au logement) qui s’est saisi de son cas. « C’est mon dernier espoir ! »

*Son prénom a été modifié

 

+ 29,7 % de locataires expulsés en 3 ans à Paris « Le cabinet du préfet n’aime pas communiquer sur les expulsions avec le concours de la force publique », reconnaît un haut fonctionnaire à la préfecture de police. A tel point qu’aucun chiffre n’a pu officiellement être obtenu malgré de nombreuses demandes… Selon Jean-Baptiste Eyraud, l’infatigable porte-parole du DAL (Droit au logement), les chiffres que nous sommes procurés par ailleurs « parlent d’eux même »… Il y a eu 7 732 expulsions en Île-de-France en 2015 contre 6 600 en 2014 et 5963 en 2013, soit une hausse de 29.7 %. Rien qu’à Paris, il y a eu 1 301 expulsions « manu militari » en 2014 contre 1 219 l’année précédente, en 2013. « C’est l’aggravation de la précarité, du chômage et de la paupérisation », analyse Jean-Baptiste Eyraud.

Lire l’article sur le site du Parisien

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